• Crise alimentaire au Sahel

    Dix millions de personnes menacés par la famine Par : R. I./Agences

    Confronté à une nouvelle grave crise alimentaire, après celle de 2005, le Sahel se prépare au pire avant les récoltes de septembre, et compte sur l’aide internationale pour une dizaine de millions de personnes menacées. Les pays de la zone entrent dans la période de “soudure”, qui débute en juin avec la campagne agricole pour se clore trois mois plus tard avec les récoltes. Cette phase, toujours délicate pour des contrées soumises à un climat aride et à une malnutrition structurelle, l’est encore plus cette année : du Burkina Faso au Tchad, l’insuffisance (ou l’irrégularité) des pluies a entraîné de très mauvaises récoltes et un manque criant de fourrage pour le bétail. Au Niger, pays le plus durement frappé, la situation “empire” déjà, alertait la semaine dernière la commissaire européenne à l’aide humanitaire, Kristalina Georgieva. Plus de 7 millions de personnes — près de la moitié de la population — sont concernées, dont plus de 3 millions souffrent d’insécurité alimentaire “sévère”. Environ 139 000 enfants sont victimes de malnutrition aiguë. La région de Maradi (Centre-Sud) offre un spectacle de désolation : villages et écoles vidés par l’exode rural, bêtes qui se meurent faute de nourriture ou d’eau. Poussés par la sécheresse et le “younwa” (la faim, en langue haoussa), des centaines d’habitants ont gagné le nord du Nigeria voisin, tandis que les prix des denrées alimentaires montent sur fond de spéculation liée à la pénurie. “C’est la pire crise des 30 dernières années”, plus dure que 1984 ou 2005, affirme à l’AFP Alio Mahamane, membre de l’Organisation paysanne du Niger. Accusées de manque d’anticipation il y a cinq ans, agences onusiennes et ONG ont cette fois-ci tiré rapidement la sonnette d’alarme. Pour le Niger, l’aide internationale a massivement démarré en mai avec, en partenariat avec la junte au pouvoir, la distribution gratuite de 21 000 tonnes de céréales à 1,5 million d’habitants. “Sans cette aide, je serai sans doute déjà enterré”, lâche un paysan de Tahoua (Ouest) en récupérant des sacs de céréales. Mais il manque “entre 30 et 40 millions de dollars pour faire face jusqu’en septembre”, prévient Gianluca Ferrera, du bureau local du Programme alimentaire mondial (PAM). Au Tchad, l’enjeu est aussi d’éviter un “désastre”, selon l’ONU. De 1,5 à 2 millions de personnes ont besoin d’une assistance. Plus de 700 000 sont visées par une opération d’urgence du PAM. “Nos besoins sont estimés à 100 000 tonnes de céréales. Jusque-là, nous en avons obtenu 55 000”, souligne le ministre tchadien de l’Agriculture Albert Pahimi Padacké. A Mao, chef-lieu de la région occidentale du Kanem, la plus affectée, le maire Mallah Adji s’inquiète d’une situation “de plus en plus critique”, avec les pluies qui tardent à venir. À une soixantaine de km de là, à Nokou, “la population se rabat sur les ouaddis (lits de rivière) à la recherche de dattes pour survivre”, raconte un membre de l’ONG Action contre la faim (ACF). Des jeunes partent aussi pour la Libye dans l’espoir d’un sort meilleur. Le Cameroun n’est pas épargné. “La situation alimentaire reste extrêmement fragile dans le Nord”, confie un spécialiste du ministère de la Santé. Quelque 339 000 personnes doivent être soutenues par les Nations unies. Dans le nord du Mali, ce sont plus de 250 000 personnes qui reçoivent une aide d’urgence de la communauté internationale et du gouvernement. En cause : le déficit de pluies des deux dernières années. Et les élus locaux n’en finissent pas de déplorer l’avancée du désert et d’accuser le réchauffement climatique. Enfin, au Burkina voisin, les autorités ont dû procéder à une vente de céréales à prix modéré. Malgré des “poches de sécheresse”, la crise est “contenue”, estime Philippe Ki, de l’ONG Afrique verte.

    LIBERTE (Algérie) 12 juin 2010

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