• Changements climatiques et achats massifs de terrres risquent d’aggraver la faim dans le monde

    14 octobre 10

    Jenny Joussemet/Rue89 - Cette semaine, 190 pays se réunissent à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) afin de participer à la session annuelle du Comité de la sécurité alimentaire. Bien que le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde ait baissé en 2010 pour atteindre 925 millions, il reste « inadmissible » pour la FAO.

    Dans le cadre de leur nouvelle campagne, « Privés de terre, privés d’avenir », Oxfam France et Agronomes et Vétérinaires sans Frontières soulignent que l’accaparement des terres et la vulnérabilité des agricultures face au changement climatique sont deux nouvelles causes de la sous-alimentation.

    925 millions de personnes sous-alimentées

    En 2009, la barre symbolique du milliard de personnes souffrant de la faim dans le monde avait été dépassée, notamment en raison de l’envolée des prix alimentaires. Même si la FAO indique que ce chiffre a reculé de 9,6% cette année, il n’y a pas de quoi se réjouir.

    Un nouveau rapport de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Ifpri) montre que sur les 122 pays en développement étudiés, la faim atteint des niveaux « alarmants » voire « très alarmants » dans 29 pays, notamment en République démocratique du Congo, au Burundi ou encore au Tchad.

    L’Asie pacifique reste la région la plus fortement touchée avec 578 millions de personnes sous-alimentées, mais c’est en Afrique subsaharienne que la proportion d’affamés est la plus forte : 30% de la population (chiffres de la FAO).

    Face à ces constats, la campagne « Privés de terre, privés d’avenir » établit un parallèle important. La FAO indique en effet que 43% de la population active mondiale est employée dans le secteur agricole, or il se trouve que les trois quarts des personnes souffrant de la faim sont des agriculteurs.

    Oxfam France et Agronomes et Vétérinaires sans Frontières soulignent par ailleurs que les paysans se trouvent depuis peu confrontés à deux nouvelles menaces : l’accaparement des terres et les effets du changement climatique.

    Spoliation des terres et non-respect des droits des communautés Selon une estimation de l’Ifpri, 15 millions à 20 millions d’hectares de terres agricoles dans les pays en développement ont fait l’objet de transactions ou de négociations avec des investisseurs étrangers depuis 2006. Ce phénomène s’est par ailleurs fortement intensifié depuis la hausse brutale des prix des produits agricoles fin 2007.

    Ainsi, des fonds et investisseurs privés, tel Goldman Sachs ou Morgan Stanley, ont acquit des dizaines de milliers d’hectares de terres en vue de répondre à la demande croissante des pays développés en agrocarburants, mais surtout parce que cela représente une nouvelle opportunité de profits.

    De plus, certains Etats comme la Chine ou l’Arabie saoudite sont désormais confrontés à la raréfaction de leurs terres agricoles et de leurs ressources en eau, et dépendent des importations pour nourrir une partie de leurs populations. Ces nouvelles terres leur permettent donc de sécuriser leurs sources d’alimentation sur le long terme.

    Ces transactions ont pour principale conséquence la dégradation de la sécurité alimentaire des pays hôtes, pays généralement déjà touchés par d’importants taux de sous-alimentation. En effet, les plantations réalisées dans le cadre de ces investissements sont majoritairement destinées à l’exportation, privilégiant ainsi les intérêts du commerce global au détriment d’une agriculture paysanne durable tournée vers les marchés locaux.

    Il faut également souligner que l’accaparement des terres à grande échelle retire purement et simplement la terre aux communautés locales et détruit des modes de vie.

    Aujourd’hui, les traités d’investissements étrangers n’imposent aucune obligation sociale ou environnementale aux investisseurs, et les mesures volontaires proposées par la FAO et la Banque mondiale ne permettent pas de réglementer efficacement ces pratiques.

    Tout l’enjeu est donc de définir un cadre contraignant pour les investisseurs à l’international les obligeant à respecter les droits humains et environnementaux des communautés locales.

    Un accès aux ressources naturelles menacé

    Autre phénomène affectant directement les agriculteurs : les impacts du changement climatique. Le réchauffement planétaire est aujourd’hui un fait avéré -même s’il donne encore lieu à de nombreux débats ! - et l’une de ses principales conséquences sera la raréfaction des ressources naturelles.

    Le Giec avance en effet l’hypothèse selon laquelle le changement climatique augmentera la pression sur les ressources naturelles, en particulier l’eau et la terre, engendrant par le futur de nombreux conflits relatifs à l’usage et à la gestion de ces ressources. Il apparaît déjà que les populations les plus vulnérables face à ce phénomène sont celles des pays du sud, et plus particulièrement celles des zones arides de l’Afrique de l’Ouest, des îles des Caraïbes ou encore des zones côtières.

    Oxfam souligne ainsi qu’en Afrique, entre 75 millions et 250 millions de personnes pourraient être confrontées à d’importantes pénuries d’eau d’ici 2020. A titre d’exemple, la sécheresse au Sahel pourrait exacerber la dégradation des sols et la baisse des productions agricoles, tandis que dans les régions sèches d’Amérique latine, les terres agricoles deviendront probablement plus salées et plus sablonneuses, provoquant là aussi une diminution des rendements des cultures.

    100 milliards de dollars seraient de fait nécessaires chaque année pour l’adaptation au changement climatique dans les pays du sud.

    Lors des négociations de Copenhague en décembre 2009, les pays industrialisés se sont engagés à apporter des ressources supplémentaires aux pays en développement pour les soutenir face aux impacts du réchauffement global. Mais ces financements étant encore flous, les ONG cherchent maintenant à s’assurer que ces fonds promis s’ajouteront bien à l’aide au développement existante.

    Source : Info Sud Tribune des Droits Humains

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