• Agadez : une cité en pleine métamorphose

     

    Agadez_NigerAgadez, le siège du sultanat et de la Grande Mosquée célèbre, est un centre culturel prédominant dans le nord du pays. Elle est également la plus importante ville touristique de notre pays. C’est le point de départ des voyages dans le massif montagneux de l’Aïr à travers le Ténéré pour Bilma, et une ville étape où s’arrêtent les touristes en partance pour le Sahara. Première grande ville après ou avant la traversée du Sahara, elle  est située à la porte de l’impressionnante montagne de l’Aïr. Aussi, avec l’installation des industries minières et la construction de la route Tahoua-Arlit (RTA), la ville a gagné de l’importance en termes de diversités d’activités économiques qu’une rébellion armée a détruites en toute irresponsabilité. Pendant des années, autorités régionales et nationales se sont interrogées sur la manière de savoir comment s’extirper de cette situation.  Progressivement la ville est devenue un centre administratif, commercial et de prestations de services, à telle enseigne que sa population a augmenté. Cette croissance de la population est due  essentiellement à l’afflux des populations venant du sud. Si, selon un document, la cité ne comptait que  4000 habitants en 1950, et 5000 en 1960 soit dix ans après, le nombre d’habitants a doublé à la suite de la sécheresse et a atteint 20.000 personnes à la fin des années 1970 avec l’extraction de l’uranium. Ainsi, au milieu des années 1980, elle comptait déjà 35000 habitants. Et selon les résultats du recensement 2001,  la population de la ville d’Agadez est de 110 000 habitants. Il va de soi qu’une telle explosion démographique entraîne de nombreux problèmes sociaux, surtout dans le domaine de l’aménagement, étant donné la nécessité des terrains à bâtir en quantité suffisante, car la structure et la base économique de la ville changent. Des secteurs tels que le commerce, les transports ainsi que les services publics et privés enregistrent des taux de croissance particulièrement élevée auxquels viennent s’ajouter d’autres activités économiques des secteurs organisés ou informels. En fait, il convient de savoir exactement que le développement économique de la ville a connu une certaine intensification par l’aménagement des axes routiers internationaux à travers le Sahara par Agadez, vers Tahoua-Niamey et vers Zinder-Kano. Il faut souligner que les perspectives économiques sont bonnes pour cette région et selon le document, la structure de l’économie de la région et de sa population est plus équilibrée que celle des villes de l’uranium.   En effet, l’emplacement de la ville, qui se situe au carrefour de deux routes d’importance capitale, renforce sa position de centre commercial et des affaires. Elle dispose d’importants atouts, car le prestige de la ville, la mosquée et la vieille ville conservent encore leurs attraits touristiques. 

     

    Une ville jadis protégée des eaux de la Téloua

    Une fois dans la ville d’Agadez, on peut constater qu’elle  est située sur une petite colline d’où surgit la Téloua dans la plaine de l’Irhazer.  Pendant les périodes de crues, les flots de ce Kori (Teloua) arrivaient jusqu’aux portes de la ville par l’intermédiaire d’un autre kori, Azarar Madaran. En effet, après de fortes pluies sur l’Aïr,  la plaine à l’ouest, les terrains au nord de la ville jusqu’au bras principal de la Téloua, étaient complètement inondés. Or, c’est dans cette même zone au nord de la vieille ville que les Français avaient érigé leur fort et établi leur administration, un lieu qui est devenu l’actuel quartier administratif. De vastes travaux d’endiguement y avaient été entrepris pour protéger  les bâtiments administratifs et autres habitations contre les inondations. Mais, il n’en demeure pas moins que  la ville reste menacée par le kori Azarar Madaran, même si entre temps la plus grande partie de son affluent a été bloquée par des digues sur la Téloua.

    Les charmes d’une vieille ville

    La ville d’Agadez est divisée en plusieurs parties : la vieille ville,  le quartier administratif au-delà du Kori de la Poste, le quartier Dagmanet au-delà du service de la RTA, les quartiers spontanés et les nouveaux lotissements. La plus grande densité de construction se rencontre dans la vieille ville, c'est-à-dire dans les vieux quartiers, à proximité de la célèbre Mosquée d’Agadez, du Grand Marché où vivent jusqu’à 200 habitants à l’hectare, ou même 300, si l’on inclut les surfaces réservées aux ruelles, places et bâtiments publics. La partie Est de cette vieille ville est desservie par un labyrinthe de ruelles. La plupart des maisons, typiques, vieilles comme  le temps, sont en banco, parfois à deux étages, avec un toit-terrasse. Il faut dire que ces maisons ont fait leurs preuves pendant des siècles. Cette partie de la ville d’Agadez, a conservé tous ses aspects traditionnels et est quotidiennement visité par de nombreux touristes. On y trouve également beaucoup de petites mosquées et d’écoles primaires coraniques sur de petites places que forment les ruelles élargies. En fait, dans cette vieille ville, chaque quartier dispose d’une mosquée, qui cadre avec l’habitat traditionnel, pour les prières journalières. Il y a au total vingt (20) mosquées. Il y a aussi trois vastes cimetières situés à la sortie de la ville, en plus du cimetière des victimes de la répression du début du siècle dernier. On voit là que les possibilités d’extension sont limitées, d’où la nécessité de chercher un emplacement pour un nouveau cimetière, si l’on veut étendre la ville.

    Par Dubois Touraoua   



    L’insalubrité sur toutes les langues….

    Dans une fada, autour d’un ver de thé, des conversations tournent sur l’aspect de la ville d’Agadez. Chacun y va de son constat et de son appréciation personnels. On compare l’insalubrité de la ville à celles d’autres villes visitées, et certains vont jusqu’à avancer qu’à l’heure actuelle, c’est Agadez qui ‘’bat le record de l’insalubrité au Niger’’. Selon ces jeunes, ‘’on a l’impression que cette ville n’a jamais connu une autorité communale’’. Et de leur point de vue, ‘’les maires nommés par décret ont été beaucoup plus efficaces que les élus locaux dans la gestion de la cité’’. D’ailleurs, poursuit le président de la fada, ‘’l’on constate que ces derniers ont détruit toute la trame urbaine au bénéfice d’investissements fantaisistes, sans aucun rapport avec les intérêts des contribuables, les administrés qui ne savent plus à quel saint se vouer devant l’aspect que présente leur ville, une ville qui ne mérite pas ce laisser-aller’’. C’est suite à cette conversation que nous avions entrepris, des semaines durant, de longues randonnées dans cette ville fortement urbanisée, randonnées qui nous ont permis de constater qu’Agadez est la ville la plus insalubre des villes insalubres ; aussi bien dans les quartiers anciens et nouveaux, que dans les quartiers administratifs et spontanés. Le long kori de plus de 10 kilomètres qui sépare la ville du quartier administratif constitue un vrai dépotoir qui risque un jour, en cas de forte pluie, de déborder pour provoquer des inondations. Vraiment, la déception est grande en ce sens que, presque partout, on rencontre de grands ou de petits dépotoirs sauvages, qui avoisinent de grandes flaques d’eaux ménagères et de toilettes débordantes d’eaux usées. Sans compter les plastiques et autres emballages qui jonchent rues et ruelles. A cause des odeurs nauséabondes, du ruissellement permanent des toilettes et autres égouts, mêmes les motos taxis refusent de s’aventurer en certains endroits, quel que soit le montant proposé par le client. Ce qui constitue une gène pour une catégorie de la population, en l’occurrence celle vivant dans les quartiers de la vieille ville. Nul besoin d’être un ‘’esprit’’ d’hygiène pour reconnaître que la cité de l’Aïr est un réservoir d’immondices en tous genres en provenance des pays voisins, étant donné que tous ces grands et gros emballages sont ramenés par des migrants et autres commerçants. 

    Souvent, l’on est médusé de constater une petite colline de déchets à l’endroit où la seule rue bitumée cède le passage à une ruelle. Et au fil des années, Agadez, ville carrefour, présente encore le même visage, alors que beaucoup d’élus l’ont gérée en tant que maires. Mais les uns et les autres se demandent quand est-ce que Agadez sera propre comme par le lointain passé ! Ces questions, avouons-le, trottent chaque jour davantage dans l’esprit des habitants; tant il est vrai que cette insalubrité est si préoccupante qu’elle est l’objet de commentaires acerbes et sans complaisance dans les foyers, les ménages, les débits de boissons. Tout de même, reconnaissent-ils, la cité est insalubre. Mais comment faire pour toiletter la cité touristique afin de la débarrasser de son insalubrité, non pas de manière circonstancielle, mais définitivement, afin qu’elle retrouve et conserve sa vitrine de première ville touristique de notre pays. A cette interrogation, un ancien de la Direction du Tourisme estime que, ‘’concrètement, chacun doit prendre son courage à deux mains, les responsables communaux au premier chef, pour donner, non pas un coup de balai, mais bien plus, une impeccable pelletée à la ville’’.

    Des enfants de 10 à 15 ans balayeurs des marchés

    Autour et dans les marchés, la situation d’insalubrité est on ne plus déplorable, surtout que ces infrastructures commerciales présentent le même aspect que les marchés des villages, avec des ruelles tortueuses sans aucune issue de sécurité pour les sapeurs pompiers en cas de désastre !

    Pire, des restaurants à  ciel ouvert cohabitent avec les tas d’immondices, dégageant des odeurs irrespirables. Mais la commune n’ayant mis en place aucun système de ramassage des ordures dans ces marchés, les commerçants se sont organisés pour recruter des enfants dont l’âge varie entre 8 à 15 ans. Ces derniers procèdent au ramassage quotidien des ordures ; moyennant, tenez-vous bien, 200 F CFA par enfant, par jour pour un sac d’ordures de 15 à 20 kg. A les voir, tous les matins, portant sur la tête, au traînant cette charge que leur physique ne peut leur permettre de supporter, cela    blesse la conscience, et on se dit que cela frise l’irresponsabilité. Surtout que ces enfants ramassent les ordures sans gants, sans cache-nez, sans aucun équipement pour les protéger contre de potentielles maladies. En plus, ils courent le risque d’être renversés par les motos taxis. Voir ces enfants, tôt le matin, aller      déverser difficilement des sacs d’immondices pour une modique somme de 200 FCFA toute la journée, doit interpeller la conscience          individuelle et collective.

    Dubois Touraoua Agadez



    Vivre au rythme du tourisme et de l’artisanat

    Dans un entretien qu’il nous  a accordé peu avant son départ, le maire sortant de la Commune d’Agadez nous a donné sa vision de cette commune qu’il dit quitter avec un sentiment de devoir inachevé. M. Namassa a présenté la Commune Urbaine d’Agadez comme une commune relativement récente. Créée en 1972,  son installation effective n’a vu le jour qu’en 1979 avec la nomination d’un maire. La Commune Urbaine d’Agadez compte 44 localités dont 16 quartiers administratifs, 28 hameaux, villages périphériques et autres campements. Avec 110 000 habitants (recensement 2010), elle s’étend sur 640 km2 avec un taux d’accroissement naturel de 3,6 % et une densité moyenne de 176 habitants au km2. La population est composée de 50,66 % de femmes, 72,15 % de jeunes de moins de 30 ans. Elle est dans la partie nord du Niger, tout comme bien entendu la région. Localisée entre l’embouchure de la plaine de l’Irhazer et le massif de l’Aïr, la Commune est limité de part et d’autre par la Commune Urbaine de Tchirozérine et au Sud par la commune rurale d’Aderbissanat.

    La population est composée de Touareg, Haoussas, Arabes, Peuls, Zarma, Béri-béri, auxquels viennent s’ajouter des expatriés  libyens, maliens, béninois, togolais, ghanéens, camerounais etc.  L’activité économique des populations autochtones, selon M. Namassa, repose essentiellement sur l’artisanat, le tourisme, le commerce et l’agriculture dans les jardins périphériques longeant les koris. Cependant, les recettes de la collectivité proviennent traditionnellement non pas des retombées de l’artisanat ou de l’agriculture, mais principalement de la vente des parcelles, des taxes, notamment sur marchés, sur les motos taxis, de l’établissement des actes de cession, de l’autorisation des permis de construire, de la voirie,  et surtout des redevances minières qui sont les plus importantes, mais qui ont été suspendues depuis un certain moment, a dit le maire qui semble ignorer les raisons de cette suspension. Actuellement, la ville connaît un regain de vitalité économique, et en ce qui concerne l’incivisme fiscal dont souffrent les autres communes du pays, le maire sortant a précisé qu’on que les populations sont très disciplinées et pétries d’un certain sens de nationalisme. Toutefois, ce qu’il déplore, c’est la défaillance dans le système de récupération des taxes et autres impositions.

    Il est vrai que, lorsque l’on a atteint un niveau de conscience nationale, de responsabilité individuelle ou collective, on doit se rendre aux services des impôts pour s’acquitter de ses impositions. Et même si l’on est disposé à payer comme de coutume, il faut attendre que l’administration tende la main. ‘’Voyez-vous, quand j’ai pris fonction, c’était la catastrophe car qu’il n’y avait rien dans les caisses. En une semaine, nous avions récupéré la rondelette somme de plus de 13 millions de francs CFA, ce qui nous a permis d’éponger les arriérés de salaires des agents qui, à force d’avoir accumulé des impayés de salaires, avaientt perdu le goût du travail’’, a indiqué M. Namassa. Par rapport justement à cette situation,  le M.   Namassa a indiqué que son travail de maire devait s’effectuer en trois étapes : il doit d’abord observer, pour identifier l’ensemble des problèmes de la commune, maîtriser ses réalités, ensuite  procéder  à la planification des activités pour aller très vite, dans la mesure du possible, vers la résolution des problèmes identifiés et enfin l’exécution. C’est ainsi que le maire avait découvert plus de 360 millions de dettes de factures impayées, 4 mois d’arriérés de salaires des agents temporaires, 2 mois pour le personnel permanent. En plus, l’électricité, l’eau et le téléphone étaient coupés… Dans les caisses, il n’y avait 307 000 F CFA qui devant servir à compenser une contrepartie de la mairie pour la construction d’une toilette publique. Donc, comme liquidité, il n’y avait pas un radis. La  ville était insalubre dans le sens profond du mot; l’éclairage public, les feux optiques, les panneaux de signalisation, étaient tous dans un état  délabré. Une autre situation déplorable est le manque de gestion du domaine foncier qui connaît une anarchie favorisant la persistance de l’insécurité.

    C’est après ce constat peu ragoûtant que M. Namassa a élaboré, avec l’ensemble des commissions thématiques, 16 dossiers qu’il a soumis à des partenaires de la coopération décentralisée. Parmi ces dossiers, il y a notamment ceux concernant la création de centres d’alphabétisation pour un montant de 15 millions de F CFA ; la construction et l’équipement de 15 classes ; l’assainissement de la ville pour 132 millions ;  le recyclage de 200 enseignants contractuels ;  la réhabilitation et l’extension de l’éclairage public ; l’électrification solaire de 13 cases de santé intégrés pour 162 millions ;  l’implantation de 8 briqueteries dont 2 à Agadez et 6 dans la zone de Tchirozérine afin de produire des briques capables de résister aux intempéries climatiques. Ce dernier dossier, selon le maire, a beaucoup intéressé nos partenaires au développement, lesquels ont approuvé l’ensemble de ces dossiers dont certains sont même sur le point d’être financés. Par ailleurs, le maire a  profilé des voies pour faciliter le passage des eaux de ruissellement ; il a rétabli les feux optiques et la signalisation verticale et procédé à la finalisation de la réhabilitation de certains quartiers comme Toudou, des lotissements qui doivent occuper les victimes des inondations des koris; équipé la mairie en tombereaux pour l’évacuation des ordures ménagères, etc. Néanmoins, la ville d’Agadez manque d’espaces publics pour d’éventuelles créations d’infrastructures publiques (maternités, dispensaires, écoles…terrains de jeux …). Mais, explique le maire, la politique d’urbanisme du Niger est claire, et elle a tout prévu, c’est seulement l’application qui fait défaut.  M. Namassa donne l’exemple de sa commune  où c’est nuitamment que des responsables ont vendu des espaces réservés à des infrastructures publiques, ces terrains ayant pris de la valeur ! Ce qui est dommage. Puisque c’est irresponsable. Quand les services déconcentrés de l’urbanisme, sur instruction de leur ministère, déguerpiront tout ce lot d’illégalité, les uns et les autres comprendront beaucoup de choses, a dit le maire avec dépit. Malgré les inondations des Koris en 2009, d’aucuns continuent à construire sur le lit de ce dernier.

    Selon  M. Namassa,  tous ceux qui sont revenus dans les koris pour y élire domicile ont donc bénéficié des parcelles sur la route de Tahoua. Ils ont été prévenus à maintes reprises  par voix de presse locale et par des réunions, que leurs habitations seront cassées pour leur propre sécurité, étant donné que les koris sont imprévisibles, et quiconque dépassera d’un centimètre les bornes de sécurité verra son habitation démolie. Le lit du kori sera nettoyé, à la grande satisfaction des habitants qui y trouveront un endroit de prédilection. Concernant les réfugiés en provenance de la Libye, le maire sortant  a indiqué que  ‘’c’est un dossier géré par le gouvernorat, mais que la commune bien entendu  est associée en tant que structure d’accueil. Aussi pour faire face  à cette situation les moyens ont été insuffisants, bien que les uns et les autres ont conjugué leurs efforts et leur énergie pour être à la hauteur de la situation. Nous leur avions assuré la restauration, l’hébergement et le transport durant quelques jours pour qu’ils prennent chacun, selon son vouloir, la destination de son terroir. C’est vrai, nous avions constaté des pathologies comme la rougeole, la méningite, mais des dispositions ont été prises pour éviter une quelconque propagation’’. M. Namassa maire sortant de la commune d’Agadez a conclu que c’est avec regret qu’il quittait la commune. ‘’Un profond regret, tant il est vrai que je n’ai pas pu achever mon  programme. Je me sens à vrai dire comme un moteur qui a tourné à moitié durant tout mon séjour. J’ai aimé cette ville qui est d’ailleurs la mienne’’.

    Dubois Touraoua

    24 septembre

    Publié le 23 septempbre
    Source : Sahel Dimanche


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